Les écoles de la seconde chance, un espoir pour la jeunesse méditerranéenne

Ghada Choucri Mercredi 03 Juillet 2019-17:05:22 Jeunesse
Les écoles de la seconde chance
Les écoles de la seconde chance

 

Espagne, Tunisie, Algérie… Près de 26 000 jeunes de neuf pays bénéficient de ce dispositif auquel le Sommet des deux rives, réuni lundi à Marseille, veut donner un coup d’accélérateur.

Quand il sourit, ses dents cassées trahissent un peu son adolescence des rues. C’est maintenant du passé. Aujourd’hui, Juan a tourné la page et étudie à l’école de la nouvelle chance de la fondation El Llindar, à Barcelone. Là, cours après cours, jour après jour, il se construit un avenir, avançant pas à pas vers son rêve : devenir soudeur. Son voisin de bureau, lui, a été envoyé dans cette école par son collège, qu’il ne fréquentait plus vraiment.

Au pays des « décrocheurs », ces jeunes sans diplôme ni formation, les parcours ne se ressemblent que par le lot de douleur qu’ils charrient, la violence de se sentir hors circuit, de faire partie de la jeunesse perdue, celle que déjà la société n’attend plus. Juan et Miguel ont connu ça et savourent d’autant mieux leur « seconde chance ». « Vous avez dit seconde chance ?, relance Miguel. Non, ma première chance. » Comme si le système scolaire classique n’en avait pas été une.

Avec ses 39 écoles de la nouvelle chance, l’Espagne cherche des solutions pour ses NEET, les jeunes ni à l’école, ni en emploi, ni en formation (de l’anglais « not in education, employment or training »). Des invisibles passés à travers toutes les mailles des dispositifs d’aide. L’Espagne, où 13,8 % des garçons de 15 à 24 ans sont dans cette catégorie, selon le Bureau international du travail (BIT), n’est pas une exception. Ils sont 12 % en France, selon la même source, 9,2 % au Portugal, 20,2 % en Italie, 19,6 % en Egypte et 10,9 % en Algérie.

Ils ont décroché de l’école, puis de la recherche d’emploi, sur une zone, la Méditerranée, qui est, dans sa partie sud, la région de la planète où il est le plus difficile de trouver un emploi, selon le BIT. « Le taux de chômage des jeunes peut atteindre 30 % dans les pays de la région MENA [Moyen-Orient et Afrique du Nord] et de la rive nord », rappelle la Banque mondiale. Or, compte tenu de l’évolution démographique, 100 millions de jeunes seront sans emploi dans la zone MENA en 2050 si rien n’est fait, insiste l’institution.

En Espagne, en Italie ou en France, le manque d’intérêt pour une école qui a oublié de prendre le virage du XXIe siècle, conjugué aux problèmes sociaux, explique l’arrêt des études durant les années de collège. Ainsi, en Italie, 42 % des jeunes décrocheurs quittent le collège parce que « ça ne les intéresse pas », 19 % pour « raisons familiales » et 16 % « à cause de leur niveau » (source Eurostat). Un peu comme en Tunisie, où le BIT a observé que 31 % des hommes quittaient le système scolaire après avoir échoué à l’examen, 24 % par lassitude des études et 22 % pour des raisons financières.

Laisser cette jeunesse sans avenir ni espoir est explosif, et pas seulement à cause des 1,5 % de PIB qui partent en fumée. Comme l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) l’a souligné dès 2016, « commencer sa vie professionnelle par une période durable de relégation a des effets négatifs durables » sur la jeunesse.

 

en relation